ROMAIN ZACCHI

artist, printmaker

Born january 27th 1996 in France

Contact : romain.zacchi@me.com | instagram @romain_zacchi

 

 

Texte in french from Jean-Pierre Müller

“Romain Zacchi défriche, déflore, déchiffre, décore et déchire les déchets, les débris, les rebuts, car, comme on sait, c’est en forgeant que l’on devient bûcheron. Dégaine de cow-boy urbain, gueule affûtée, il s’avance, inconsolablement gai, dans les sombres allées d’une vie en art. En hidalgo de nos désastres post-industriels, noblesse du labeur oblige, il aime avec passion le bois, le métal, la pierre, qui le lui rendent bien.

Bagué d’argent, l’artiste au profil de rapace sème ses pattes de poule, finement ciselées, sur les talus de nos dérives ferrugineuse. Friches industrielles, jeunes ruines déjà si vieilles, voilà l’habitat naturel où notre oiseau rare vient enserrer nos angoisses dans ses griffes. Il chante les certitudes récemment décédées, les bonnes idées juste en désuétude, les savoirs désormais dérisoires, la modernité obsolète. Et convoque ainsi les âmes des faiseurs, de ceux qui ont construit, qui nous ont construits, du tourneur au ferrailleur, du zingueur au photograveur, du tailleur à l’imprimeur.

Au besoin, le volatile se mue en rongeur songeur – en rat d’égout, plus précisément. Le voilà artiste underground : Romain explore les souterrains sans velours qui sont nos ultimes catacombes, les égouts souterrains, couche sous-jacente au dessin des villes. Qu’y trouve-t-il? Du grain à moudre, de l’humble à honorer, du déchet à sanctifier, de l’obscur à illuminer.

Une fois finie la moisson des champs de cloaques et d’usines mortes, Zacchi s’en retourne au temple, au havre, au lieu de vérité – l’atelier. Et là, il cogne sans vergogne, il martèle, il cisèle, lamine et enlumine. Il fait rage sans drame, ferraille les chromes et déraille les trames. Voyez-le fourailler les entrailles, dérouiller la pierraille, dérouler la limaille : l’artiste-mécano- archéologue taille sans faille, il crame et trame, flèche de tout bois, et écrit, avec discipline (de fer), le roman du travail. Le roman de Romain, tout feu tout flamme : « Labeur ». Et l’argent du beurre, le salaire de la peur, le cheval- vapeur et les esprits frappeurs…

Des points de demi-teintes mécaniques agrandis à la main et imprimés en xylographie polychrome ; une fontaine de chrome recyclant elle-même, boucle potentiellement infinie, d’anciens travaux de l’auteur, eux-mêmes reliquats d’accidents de rue ; des haches taillées à la hache, sans hashtags, dans des bastaings de récupération : cette ode au travail, à rebours des lendemains qui chantent, est autant un hommage à la mort qu’un tendre poème à nos dérisoires illusions.

Si Romain grandit le travail, c’est qu’il a grandi en son sein ; une enfance entre imprimerie industrielle et usine de matières plastiques, ça marque, au fer rouge bien sûr. Maintenant, romain comme Vulcain, Zacchi forge son avenir à la flamme de ses rêves, sur l’enclume du réel.

Son sourire n’est pas feint.